Prendre le temps de ré-enchanter 124 esperluette Juin25 2 page 0001                                               

Juin, le mois où l’on sent doucement arriver le début d’un parfum de vacances. «Ouf, il est temps ! » diront sans doute beaucoup d’entre nous. Enfin, un peu de temps pour prendre le temps… le temps d’aller plus lentement, de reprendre des contacts avec des ami·es, de bouquiner un peu, de prendre l’air, de jouer avec les enfants,…

Parce que le reste du temps, il faut bien le dire, on court. La vie professionnelle est le plus souvent l’axe central autour duquel s’articulent vaille que vaille les autres temps de la vie, à marche forcée, pour conduire les petit⋅es à l’école, faire les courses, passer la serpillère,prendre un rendez-vous médical, revoir les leçons, lancer les machines à laver, appeler la grand-mère, endosser un rôle de trader pour espérer trouver le meilleur contrat d’énergie, l’offre de téléphonie la plus intéressante, surfer sur les réseaux sociaux, etc.

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Quand on y pense, le temps que le marché nous capture va bien au-delà du temps de travail dévolu à la production. On devrait prendre le temps d’analyser cet art de capturer le temps des gens, de le détourner de l’essentiel, de ce qui fait sens, car temps et sens vont de pair. Un proverbe ne dit-il pas que «Le temps défait ce qui se fait sans lui ».

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Toutefois le processus de rationalisation découlant de cette conception le prive de ce qui en fait le sens : il n’y a plus de temps pour les relations, les pratiques démocratiques, la créativité. De plus, les symptômes de cette perte de sens sont connus : burns out, maladies professionnelles, dépressions… Sans compter que tout ce qui constitue le travail reproductif (santé, culture, éducation, soin…) sans lequel le capitalisme ne peut se développer et se perpétuer, n’a pas la moindre valeur. Il est urgent de (re)prendre le temps de réenchanter le travail et de lui rendre son sens.

Esperluette 124 Avril/Mai/Juin 2025

esperluette une quatrieme mars vfinale pages to jpg 0001 Quand le rire est acte de résistance

Ce 9 novembre 1943, à la veille du 25éme anniversaire de l'armistice, la Belgique vit sous occcupation nazie. Le journal Le soir accaparé par l'occupant ne parlera certainement pas de cet événement: seules les infos sensées rassurer la population et des articles de propagande sur le Reich "de mille ans", les bienfaits de l'Ordre nouveau sont publiées. Pourtant, ce 9 novembre vers 15h30, alors que les premiers journaux sont déposés dans les kiosques, quelque chose d'étrange se passe: un premier client ouvre de grands yeux en ouvrant son exemplaire et se met à rire. Bientôt, ce rire se propage dans les rues, les acfés, les logements, ... à Bruxelles, puis en Wallonie. Bientôt, les aubettes sont prises d'assaut, tout le monde veut un exemplaire de ce journal qui ne ressemble pas du tout à l'odinaire. Et pour cause: il s'agit d'un faux "Soir", un bijou d'humour et un immense pied de nez à l'occupant. Les rubriques correspondent au journal habituel, mais tout est détourné. 

Cet acte de résistance pacifique fut l'oeuvre du Front de l'Indépendance avec la participation et le soutien de quelques journalistes, d'un imprimeur, de cafés qui stokeront les 50 000 exemplaires déstinés aux kiosques, et de dizaines de coursier.ères, citoyen.nes ordinaires, qui les porteront à leurs risques et périls. 

Les temps d'aujourd'hui sont ceux du trouble et de l'incertitude, de la montée des extrêmes droites et du retour des politiques d'austérité dont on sait pourtant, par l'histoire, tout le mal qu'elles font. Nous devons renforcer et renouveler nos pratiques de résistance, nos pédagogies, nos façons de faire du lien social, notre esprit critique, ... Pour cela, l'humour est un outil bien utile, comme vous le découvrirez dans ce numéro de l'Esperluette. 

Haut les rires!

Esperluette 123 Janvier/Février/Mars 2025

Esper122Une fin d’année en demi-teinte

L’année 2024 s’achève, et avec elle une année d’élections en Belgique, en Europe et dans le monde, qui n’aura pas apporté de grands espoirs aux forces progressistes, c’est le moins que l’on puisse dire. La droitisation et même l’extrême droitisation de nombre de gouvernements, on s’y attendait, c’est vrai, mais sans pouvoir s’empêcher d’espérer quand même un sursaut ici et là. Aux États-Unis par exemple, avec la candidate démocrate Kamala Harris lancée tardivement mais tous azimuts. Peine perdue, le vainqueur fut quand même Donald Trump. L’on n’a pas fini de conjecturer à propos de son programme : en a-t-il réellement un ou avancera-t-il en fonction des événements, derrière une communication simpliste et injurieuse qui fait le bonheur de ses fans ?

Pendant ce temps et sans que cela ne crée de tsunami politique, l’extrême-droite fait son entrée dans l’exécutif de l’Union européenne, avec un titre qui pèse sur le plan symbolique : Raffaele Fitto est en effet devenu vice-président de la Commission européenne en charge de la Cohésion (les politiques régionales) et des Réformes (structurelles, pour relancer la croissance). L’homme est issu des rangs de Fratelli d’Italia, le parti d’extrême droite de Giorgia Meloni, actuelle cheffe du gouvernement italien.

On aurait bien aimé pouvoir soigner nos aspirations démocratiques en berne en lorgnant du côté des scrutins plus micros, là où le local compte davantage, du côté de nos élections communales. À voir comment un peu partout les petits calculs et les grandes ambitions font et défont les alliances et les inimitiés - sans toujours tenir grand compte des idées ni des programmes-, ce ne sont sans doute pas ces résultats-là qui nous consoleront.

Esperluette 122 Octobre/Novembre/Décembre 2024

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