Prendre le temps de ré-enchanter 124 esperluette Juin25 2 page 0001                                             

Juin, le mois où l’on sent doucement arriver le début d’un parfum de vacances. « » diront sans doute beaucoup d’entre nous. Enfin, un peu de temps pour prendre le temps… le temps d’aller plus lentement, de reprendre des contacts avec des ami·es, de bouquiner un peu, de prendre l’air, de jouer avec les enfants,…

Parce que le reste du temps, il faut bien le dire, on court. La vie professionnelle est le plus souvent l’axe central autour duquel s’articulent vaille que vaille les autres temps de la vie, à marche forcée, pour conduire les petit⋅es à l’école, faire les courses, passer la serpillère,prendre un rendez-vous médical, revoir les leçons, lancer les machines à laver, appeler la grand-mère, endosser un rôle de trader pour espérer trouver le meilleur contrat d’énergie, l’offre de téléphonie la plus intéressante, surfer sur les réseaux sociaux, etc.

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Quand on y pense, le temps que le marché nous capture va bien au-delà du temps de travail dévolu à la production. On devrait prendre le temps d’analyser cet art de capturer le temps des gens, de le détourner de l’essentiel, de ce qui fait sens, car temps et sens vont de pair. Un proverbe ne dit-il pas que «Le temps défait ce qui se fait sans lui ».

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Toutefois le processus de rationalisation découlant de cette conception le prive de ce qui en fait le sens : il n’y a plus de temps pour les relations, les pratiques démocratiques, la créativité. De plus, les symptômes de cette perte de sens sont connus : burns out, maladies professionnelles, dépressions… Sans compter que tout ce qui constitue le travail reproductif (santé, culture, éducation, soin…) sans lequel le capitalisme ne peut se développer et se perpétuer, n’a pas la moindre valeur. Il est urgent de (re)prendre le temps de réenchanter le travail et de lui rendre son sens.

Esperluette 124 Avril/Mai/Juin 2025